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"Un nouvel élan pour le vélo à Mulhouse" ?

 

Décryptage du discours des élus, tel qu'il s'exprime dans le dossier mobilité présenté dans le magazine de m2A, « Ambitions /agglo », automne 2016

La presse locale (article de l’Alsace du 14/10/2016) s’est fait l’écho des dernières décisions du conseil municipal et du conseil d’agglo en faveur du vélo : un nouveau plan d’actions est adopté pour favoriser l’usage du vélo. Des objectifs de part modale sont pour la première fois clairement énoncés : doubler la part modale du vélo pour 2020 (passer de 3 à 6 % des déplacements) et la tripler pour 2025. Le compte rendu des délibérations reprend intégralement le projet établi par les techniciens qui nous avait été présenté dès le mois de juin. On ne peut que se réjouir d’une telle décision.

 

Cependant, tout n’est pas rose, tout reste à faire. Et si l’adoption de l’intégralité du projet sans en changer une virgule, traduisait une absence de débat, un manque d’intérêt pour ce qui devrait être un grand changement pour Mulhouse ?

Ce qui nous dérange  le plus, c’est le décalage entre cette ambition et le discours du dernier journal de l’agglo. En effet, un an après la COP 21, quelques semaines avant l’adoption du nouveau projet vélo, on pouvait s’attendre à un article sur la mobilité très volontariste pour le développement des transports doux et un peu plus critique vis-à-vis de l’automobile. Malheureusement, à la lecture  du magazine d’automne de l’agglomération M2A 2016, « Ambitions agglo » nous sommes surpris par certains propos approximatifs, très prudents et des propositions de gadgets, pour au final, surtout ne pas trop changer nos habitudes de transport et de consommation.

Ce discours mou sur le transport, illustre davantage la démagogie, le manque de courage politique et le poids des lobbys que la volonté réelle de faire réfléchir, de remettre en question la situation actuelle. 

 

Photo et légende de la page 23 du magazine « ambitions agglo » d’automne 2016 :

 

Une belle  maladresse page 23 : Les gaz à effet de serre poseraient un problème de santé.

 

Dans la légende de la photo, montrant un tram et des vélos sur le quai, on peut lire : «La manière dont on se déplace a des effets sur les émissions de gaz à effet de serre ; donc sur la santé. Raison pour laquelle m2A entend développer l’usage des bus et des voitures électriques ».  Rien sur le tram et le vélo présents sur la photo. Les gaz à effet de serre menacent notre santé ? Oui, mais de façon indirecte si on pense aux effets sanitaires du réchauffement climatique avec les effets désastreux des canicules ou la remontée en latitude et en altitude de certaines maladies tropicales. Mais quand on parle de problèmes de santé  liés aux déplacements urbains,  il est beaucoup plus pertinent de parler d’abord des effets des particules fines, des oxydes d’azotes ou de l’ozone troposphérique car ce sont les polluants toxiques responsables de la mauvaise qualité de l’air que nous respirons au quotidien et responsables d’une mortalité plus importante encore que l’insécurité routière.  Malheureusement, montrer du doigt les particules fines c’est accuser le diesel dont nos constructeurs français sont des champions. Ainsi,  pour surtout ne culpabiliser personne, ni les constructeurs, ni les consommateurs, on se contente de parler des gaz à effet de serre. Au moment où PSA annonce des pertes d’emplois liées en partie à la baisse des ventes de  voitures diesels, voici donc une première « maladresse » du journal  de l’agglo qui tombe plutôt bien. Outre cette volonté supposée de protéger le diesel, cette approximation sur la relation gaz à effet de serre et santé, alimente encore une fois la grande confusion qui existe dans le grand public (et sans aucun doute chez de très nombreux élus dont la culture scientifique est minimaliste), confusion entre le problème des gaz à effet de serre  et du changement climatique, le problème de la pollution locale et de la qualité de l’air et le problème de la destruction de la couche d’ozone par d’autres polluants. Trois problèmes différents que certains, par ignorance, mettent dans le même sac : « c’est la pollution atmosphérique ». 

 

Toujours ménager l’automobile !

 

Et sur cette légende page 23, ce n’est pas tout !  En parlant de transport et santé on pouvait inclure le problème de la sédentarité et mettre alors en avant le vélo (pourtant présent sur la photo) ou la marche, deux transports actifs à promouvoir absolument pour lutter contre les méfaits de la sédentarité (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires).  Mais non, rien à ce sujet ! Car la légende se termine par la promotion des bus et des voitures électriques.  On devient obèse aussi vite dans une voiture électrique que dans une voiture diesel, aussi était-il très malin de ne pas évoquer la sédentarité dans cette légende.  Ce problème majeur de santé publique, en lien avec la mobilité, ne sera d’ailleurs jamais évoqué dans les 5 pages de ce dossier « mobilité ». Le thème de la sédentarité aurait permis d’évoquer le PAMA (Plan d’Actions pour les Mobilités Actives) et son application locale.

 

Page 26: une photo avec une voiture électrique et la même légende que page 23. Même maladresse dans le texte, mais cette fois cohérence entre la photo et le texte évoquant les véhicules électriques.

 

Dans les pages suivantes, on va bien parler de vélo, mais jamais pour dire qu’il faut un report modal de la voiture vers le vélo. Non ! Surtout ne pas dire que le vélo c’est mieux que la voiture en ville, qu’il règle bien plus de problèmes que n’en règle la voiture électrique.

D’ailleurs Jean-Marie Bockel croit même judicieux de souligner que la voiture s’en tire très bien et écrit page 23 « Si la voiture tire son épingle du jeu dans l’univers complexe des transports, c’est parce qu’elle apparaît comme une solution simple, confortable et performante  de bout en bout ».  Monsieur Bockel évite de rappeler à ses lecteurs qu’il se déplace à vélo, en particulier à Paris, car le vélo est pour lui le moyen le plus simple, confortable et performant  dans les rues des grandes villes.  Toujours très très soucieux de ne pas froisser les amoureux de l’automobile, JMB ajoute « Notre propos n’est pas  d’être pour ou contre l’automobile, mais de faire connaître toutes les solutions, quand elles existent, pour offrir plus de choix aux citoyens ».  C’est clair, pas de limitation de la place de la voiture, pas de transport doux à développer au détriment de la voiture, juste proposer plus de choix.  Monsieur Bockel espère tout au plus quelques  ajustements  à la marge, pas de grands changements.  Que dis-je pas de changements ? Si, une révolution ! Lisez plutôt en bas de page 23  « notre société est à l’aube d’une révolution des modes de déplacement des hommes et des marchandises en milieu urbain », dixit JMB. De toute évidence, chacun à sa vision de la révolution dans les transports.

 

On se concentre enfin sur le vélo page 25 avec un titre ronflant « Terre d’innovation pour le vélo ».

 

Innovation signifie  de petits gadgets high Tech pour les auteurs de l’article autrement dit  des nouvelles technologies pour le vélo.

 

Dès les premières lignes de ce paragraphe on évoque des « services connectés, comme le cadenas intelligent, la roue électrique et digitale, des kits d’électrification pour vélos ».  C’est à croire que le vélo assure déjà 30 % des déplacements dans la m2A et que, ne sachant plus quoi inventer de nouveau, on espère  gagner encore quelques petits points de part modale en investissant dans ces gadgets branchés. L’essentiel d’un politique cyclable, dans la situation où nous sommes, n’est pas de développer les « trucs et astuces pour le vélo » mais d’organiser la ville pour que le vélo y trouve enfin une place respectable en investissant massivement dans un réseau cyclable de grande qualité et en limitant la place  de la voiture.

On apprend aussi qu’un « panneau électronique vient d’être installé, rue des tanneurs à Mulhouse, pour signaler aux automobilistes l’arrivée d’un cycliste à contresens ». Merci, c’est bien de penser à la sécurité des cyclistes, mais l’objectif principal et d’avoir un flux important de cyclistes dans les deux sens et seulement quelques rares voitures  roulant au pas dans ce centre historique qui n’aura plus besoin alors de « détecteurs de cyclistes ».

Page 26:  on nous dit que « pour appuyer cet élan, de nouvelles pistes cyclables sont aménagées tous les ans ». Très bien, mais avec quel standard ? Quel effort budgétaire ? Peut-on comme à Strasbourg (oublions les modèles danois ou néerlandais incompatibles avec les mentalités de nos élus) faire de manière systématique des aménagements standardisés dans toute la m2A à savoir : piste cyclable en enrobé classique noir et trottoir en dallage autobloquant gris, séparés par une double bande de pavés rugueux pour malvoyants ? Voir illustrations : 

 

Un standard de qualité à Strasbourg : piste en enrobé, trottoir en dallage gris :

 

(Photos CADRes 2016)

 

 Le budget vélo pour la m2A sera de 500 000 euros par an pour le période 2016-2020 (encadré page 25). Cela fera 2.5 millions d’euros en 5 ans. La ville de Fribourg avait présenté un plan à 25 ou 30 millions d’euros pour augmenter les standards de ses aménagements cyclables existants, présentation faite lors du débat public de la semaine de la mobilité en septembre 2015. Nous voulons donner « un nouvel élan » avec 10 fois moins d’investissement que les Allemands qui ont déjà plus d’une longueur d’avance. S’il faut changer les mentalités, il faut d’abord changer la mentalité des élus !

 

Page 27: on reparle de vélo dans l’encadré intitulé « la belle vie à Bicyclette ». On y parle de cyclotourisme, du label « Ville et territoire vélotouristique », de l’eurovélo route.  C’est bien joli et le CADRes a toujours insisté sur l’importance du passage des véloroutes à Mulhouse, sur l’augmentation du nombre de cyclotouristes en ville, sur la nécessité d’améliorer leur accueil et l’information autour de ces véloroutes, mais le cyclotourisme n’est qu’une annexe de la politique cyclable et ne reflète pas la mobilité de nos concitoyens au quotidien.

 

Page 27: cette première partie se termine par un paragraphe sur le TGV Rhin-Rhône avec en conclusion que « développer le TGV, l’aéroport, les autoroutes, le Rhin et ses ports c’est démultiplier les forces d’attraction de Mulhouse. Quel dommage que cette conclusion n’inclut pas les transports doux dans les forces d’attraction de Mulhouse.

Force est de constater que les finances sont au rendez-vous pour les projets autoroutiers (projet de mise à 2X3 voies de l’autoroute, et nouvel échangeur prévu pour desservir le Parc des Expositions à 5 millions d’euros). La route appelant le trafic, il est évident que créer une nouvelle sortie d’autoroute va engendrer du trafic supplémentaire au détriment des TC ; ceci risque d’aggraver encore plus la baisse de fréquentation des parkings relais (art. L’Alsace 02.10.2016).

 

Pages 28 à 33: le dossier mobilité est entièrement consacré à deux sujets : le transport fluvial sur le Rhin et les travaux de la gare avec une interview de Guillaume Pepy président de la SNCF.  Bref, plus rien  de fondamental sur la mobilité quotidienne intra m2A.

 

En conclusion,

 

On voit bien dans cette première partie de 5 pages du « grand dossier-mobilité »,  que le vélo n’occupe qu’une petite place dans la politique générale des transports et que « le nouvel élan » tant attendu depuis un an pourrait se réduire à « un petit coup de pouce » si le discours des élus n’est pas plus volontariste et enthousiaste. Le discours est aussi favorable à la voiture qu’aux autres moyens de transports, sans aucune hiérarchie, sans aucune volonté clairement énoncée de réduire l’utilisation de la voiture pour développer les transports doux, on veut juste « proposer plus de choix ».  Surtout ne pas se mouiller !

 

Si dans l’introduction page 22 on parle de pollution, d’améliorer les transports, d’embellir le quotidien et de s’occuper de santé publique, on constate que la réflexion sur la pollution et la santé est très limitée et se borne au développement des transports électriques. Le groupe Bolloré est d’ailleurs nommé page 27. On ne parlera jamais des limites de la voiture électrique. Il y a donc dans cet article rien de bien intéressant et comme le dit si bien Jean-Marie Bockel : « la voiture tire son épingle du jeu ».

 

Alors maintenant que le nouveau plan vélo est voté, que des objectifs sont fixés, les élus ont-ils conscience du véritable effort que cela implique ? 

Pour bien commencer il nous faudrait un autre discours tel qu’il n’a jaùmais encore été prononcé. C’est pourquoi nous vous proposons ici « le discours impossible de Jean-Marie Bockel, Jean Rottner, Jo Spiegel et bien d’autres » :

 

          « Mes chers concitoyens,

 

10 ans après l’inauguration de notre tram, il est temps de donner un nouvel élan pour le vélo à Mulhouse et dans l’agglomération m2A. Si de plus en plus de gens utilisent le vélo dans notre cité, c’est que beaucoup d’entre vous voient dans ce mode transport une solution simple, efficace, saine,  écologique et économique pour se déplacer en ville.  Le vélo a en effet de nombreux avantages : moyen de transport sobre par excellence, il s’inscrit parfaitement dans nos démarches de transition énergétique, d’économie d’énergie et de santé. 

 

La pollution de l’air, liée en outre aux émissions du transport (particules fines, oxydes d’azotes, ozone troposphérique) tue en France PLUSIEURS MILLIERS DE PERSONNES CHAQUE ANNEE. De plus la sédentarité, c’est à dire le manque d’activité physique avec augmentation du nombre de personnes en surpoids, devient un problème majeur de santé publique, particulièrement en Alsace. Certes, la voiture continuera à nous rendre bien des services et des progrès sont encore attendus.  La voiture électrique fait doucement son apparition et permet de lutter contre la pollution locale mais elle ne règlera pas tout : ni les économies d’énergies nécessaires, ni la lutte contre la sédentarité,  ni l’encombrement de nos villes, ni l’insécurité routière.  Il nous faut donc réussir avant tout de vrais changements de comportement. C’est pourquoi il est nécessaire de vous proposer ce nouvel élan pour le vélo. Il permettra d’améliorer le réseau cyclable en choisissant des standards élevés pour rénover l’existant et créer de nouveaux aménagements cyclables. 

 

Il faudra aussi repenser la place de la voiture en ville, en baissant la vitesse, en relocalisant le stationnement pour libérer de l’espace ou encore en supprimant certaines voies de circulation.  Chacun doit réfléchir à son mode de déplacement et utiliser la voiture de manière beaucoup plus rationnelle.  De nombreux déplacements en ville sont inférieurs à 5 km et peuvent se faire facilement à vélo. C’est pourquoi nous voulons doubler la part modale du vélo en 2020 et la tripler en 2025. Le vélo devra ainsi assurer dans quelques années près de 10% des déplacements.  Et quand cet objectif sera atteint nous poursuivrons l’effort  car 1 déplacement sur 10 ou 1 déplacement sur 5 à vélo en milieu urbain, cela est tout à fait possible.

 

Notre capitale européenne et alsacienne Strasbourg nous montre l’exemple et a plus d’une longueur d’avance  concernant l’usage du vélo.  Vous connaissez Bâle ou Fribourg qui sont des villes voisines exemplaires et très agréables où tram et vélo occupent une place importante.  Nos amis européens néerlandais et danois sont les champions de l’utilisation du vélo en ville. Nous devons nous inspirer de ces exemples et partager cette culture européenne de vélo pour améliorer la qualité de vie dans notre agglomération. 

 

Nous le ferons ici à Mulhouse et dans l’agglomération m2A. Je compte sur vous pour nous soutenir dans cette nouvelle étape de progrès dans la cité. »

 

Annexe à ce décryptage du grand dossier mobilité

 

Les auteurs de l’article ont ainsi réussi la prouesse d’écrire 5 pages sur la mobilité, la pollution  et les problèmes de santé publique, sans jamais  utiliser les mots clés et expressions  clés  suivants :

  • particules fines et diesel
  • mortalité liée à la pollution atmosphérique
  • plan ozone, plan particules, plan climat
  • transition énergétique
  • PAMA (Plan d’Actions pour les Mobilités Actives)
  • sobriété
  • économie d’énergie
  • lutte contre sédentarité et obésité
  • avantages sanitaires des transports actifs vélo et marche
  • report modal de la voiture vers les transports doux
  • augmentation de la part modale pour le vélo, la marche, les TC,
  • changement de comportement
  • mauvaise utilisation de la voiture sur de courtes distances en ville
  • transports doux et transports actifs
  • limites de la voiture électrique (écobilan, émission de CO2 par km, sédentarité, empreinte écologique)
  • baisse de la vitesse en ville
  • nouvelles zones piétonnes
  • exemplarité de Strasbourg, Bâle, Fribourg-en-Brisgau,…